Seanad Éireann - Volume 118 - 26 February, 1988

ADDRESS OF PRESIDENT MITTERRAND

M. Francois Mitterrand, President of the French Republic, then delivered his address.

President Mitterrand: Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président de la Chambre, Madame la Présidente du Sénat, Mesdames et Messieurs, croyez que je suis extrêmement sensible a I'honneur que vous me faites aujourd'hui en m'invitant a prendre la parole devant les deuz Chambres réunies du Parlement Irlandais et je vous en remercie vivement.

Par dela ma personne c'est a la France que cet honneur s'adresse. Rarement au cours de l'Histoire deux pays ont été unis part des liens de solidarité et de fidélité aussi durables et aussi forts, exemplaires dans le passé. Nos relations sont vivaces de nos jours et ma présence parmi vous en est un témoignage.

Je n'aurais pas voulu achever le mandat qui m'a été confié á la Présidence de la République Francaise sans venir accomplir la visite d'Etat que j'avais promise au Président Hillery et qui me paraissait indispensable a la fois pour compenser une longue absence des Chefs d'Etats Francais en Irlande dans le cadre de leur fonction et aussi [1912] parce que puisque nous sommes ensemble dans la Communauté européenne, puisque l'Histoire nous a le plus souvent réunis, pourquoi ne pas venir saluer les plus hauts responsables de la vie de ce peuple pour lui dire l'amitié que nous lui portons. J'estimais que c'étaít un devoir a votre égard et c'était, en plus, ce n'est pas toujours le cas, un devoir agréable.

J'ai parfois rapporté dans les parlements ou je me rends que j'ai été moi-même, pendant quelques 35 ans parlementaire, député surtout mais aussi Sénateur. Mais nos usages a nous veulent que le Président de la République en exercice n'ait acces a l'intérieur du Parlement. J'en suis donc privé et je me rattrape comme je le peux lorsque l'on a l'obligeance de m'inviter a retrouver ce climat d'un Parlement fût-ce a l'étranger. Quand cet étranger est un ami et partage profondément les idéaux démocratiques, c'est un véritable gain pour moi.

Rien d'essentiel, Mesdames et Messieurs, ne nous sépare, vous le savez. Jamais depuis les temps les plus reculés il n'y eut entre Francais et Irlandais de conflits armés. J'avais fait le compte, la France serait-elle une Nation batailleuse, il n'y a que l'Irlande et le Danemark avec lesquels nous n'ayons pas eu a découdre.

Quels autres pays européens peuvent en dire autant? En revanche, bien des officiers, des soldats irlandais sont venus se couvrir de gloire dans les armées francaises et quand ils n'avaient pas la gloire, ils avaient le mérite, l'esprit de sacrifice, l'obscur devoir de ceux qui se battent pour les objectifs qui leur sont chers. Des Francais sont aussi venus combattre a vos côtés lorsque l'Irlande avait besoin d'eux. Je veux que vous sachiez que ma pensée va en cet instant vers ceux de vos compatriotes tombés précisément lors des deux guerres mondiales sur les champs de batailles de France, qui reposent dans notre terre, dans nos cimetieres.

Par ma voix c'est un hommage que la France veut rendre aujourd'hui a l'Irlande dans sa pérennité et il est normal que j'en adresse le message aux représentants de ce peuple.

Hommage, ai-je dit, a l'Irlande, une des nations les plus anciennes d'Europe et j'ai pu au cours de ces deux breves journées que j'ai passées a sillonner votre pays, en découvrir d'admirables vestiges.

Hommage a une civilisation qui n'a cessé de se maintenir, malgré les tribulations de l'Histoire, au premier rang de la création européenne et qui s'enorgueilht de lui avoir donné de grands esprits quand ce ne serait sur le plan littéraire, que ceux qui vont de Swift a Joyce ou a Beckett mais qui s'est illustrée dans tous les domaines [1913] de la pensée, dans tous les domaines de l'art, de la science et de l'action.

Hommage a un peuple, le vôtre que l'on sait partout sur la terre, valeureux, fier, épris jusqu'au sacrifice de liberté et d'indépendance; et l'histoire ne l'a pas épargné.

Hommage a un pays ami qui a constamment maintenu avec le mien un dialogue privilégié et qui partage désormais, nous en parlerons tout a l'heure avec nous un destin européen commun.

Mon intention n'est pas d'évoquer toutes les belles pages du passé, vous les connaissez comme moi. II appartiendra aux historiens, aux écrivains, aux journalistes de magnifier ces moments la. Néanmoins, quelle édifiante lecon nous administre votre Histoire et quelle singulier appel a la modestie pour nous Européens du continent, si fiers de nos expériences et de nos valeurs.

Pendant des siecles a la situation qui s'est perpétuée sur votre terre, sur votre sol ne s'est opposúe, il faut le dire, que l'indifférence. Et quand tant des vôtres ont été dépossédés de leurs biens, dépouillés de leur identité, rejetés dans l'errance, le secours, le recours sont venus de vous-mêmes. Ou sentir mieux qu'ici, l'esprit de résistance, le caractere sacré des droits de l'homme, la force du patriotisme. Ou percevoir avec plus de grandeur et de peine la douleur de l'émigrant contraint de quitter sa patrie. Je n'entends pas m'immiscer dans vos affaires, je vous confierai seulement cet espoir que vos efforts portent leurs fruits, qu'ils vous apportent l'avenir pacifique et serein auquel vous avez droit. C'est vous qui choisirez l'itinéraire bien entendu mais je vous souhaite cette réussite et cette paix dans vos relations internationales comme dans votre vie politique intérieure.

Mesdames et Messieurs, que pouvons-nous souhaiter de mieux qu'une Europe de peuples réconciliés ou sur toute l'étendue de son territoire les citoyens bénéficient des mêmes garanties quelle que soit leur origine, leur religion, leur conviction. L'Europe n'a jamais été aussi conforme a son génie que lorsqu'elle a su exalter et fédérer ses singularités. Elle n'a jamais été aussi ennemie d'elle-même que lorsqu'elle a cherché a les étouffer en instaurant des discriminations ou en laissant s'organiser l'extermination. L'expérience de l'histoire nous conduit a ne jamais transiger sur les principes qui fondent la souveraineté des nations et la liberté des individus. A cet égard, je suis dans un pays, chez vous, ou cette lecon a tout son sens.

Bref, nous nous retrouvons le plus souvent côte-a-côte pour accélérer l'avenement d'un nouvel ordre mondial, vers lequel la construction [1914] de l'Europe, la consolidation de la paix, la solidarité active avec les pays pauvres, constituent d'indispensables jalons. Et c'est sur ces trois points, M. le Président, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, que je souhaiterais m'arrêter quelques instants avec vous.

L'Europe d'abord. Ce n'est pas devant votre Assemblée que je me hasarderai a plaider une cause que vous avez vous-mêmes si bien su défendre depuis quinze ans. Vous avez pu mesurer ce que signifie la mise en commun des efforts, au prix bien entendu de concessions et même de sacrifices.

Mais a ceux qui insistent sur le prix a payer pour l'Europe, je dis: Que peserait chacun de nos pays face aux puissances installées, a celles qui émergent, aux alliances qui se nouent, aux forces économiqués incontrôlées? Que ferions-nous seuls dans le monde d'aujourd'hui ou vous voyez bien se dessiner les forces et les lignes de puissance?

Comment endiguerions-nous, séparément, et par nos seules capacités, la montée des protectionismes, le durcissement des concurrences? Quelle aide active pourrions-nous apporter aux pays du tiersmonde désireux de se soustraire a l'antagonisme Est-Ouest et de vivre our de survivre.

En souscrivant l'Acte unique, celui de Luxembourg en 1985 que j'ai moi-même tant désiré, avec les risques que cela comporte, nous avons doté l'Europe d'une ambition sans précédent. On chercherait vainement dans l'histoire un exemple de nations souveraines consentant librement a abolir leurs frontiéres et pourtant nous avons, a Bruxelles, récemment et non sans peine, je vous le confirme, fait en sorte que les moyens nécessaires a la réussite du marché intérieur de 1992 soit mis en place.

Je ne dirai pas que tout est résolu, car nous reverrons a chacun des carrefours importants les égoïsmes nationaux se dresser sur le chemin. Et une addition d'égoïsmes n'a jamais fait une collectivité homogene. II faudra bien qu'on finisse par admettre, ici et la, qu'on ne peut être a la fois européen quand il s'agit de partager les bénéfices et national intransigeant lorsqu'il s'agit de répartir le fardeau. C'est dire que la volonté politique ne devra pas manquer aux Européens qui le sont par vocation — vous en êtes, nous en sommes — pour convaincre les Européens ce que j'appellerais les Européens par distraction ou par nécessité, qui devront bien se détacher de leurs exigences nationales ou catégorielles lorsqu'elles sont a l'évidence excessives.

[1915] Mais je dirais que le bilan de ces trente premieres années de l'Europe unie (et que sont trente ans dans la durée millénaire de notre civilisation) est de nature a emporter l'adhésion des plus sceptiques. L'Europe d'aujourd'hui ce sont des acquis, des succes et ce sont des ambitions. Des acquis, j'en cite quelques-uns, la politique agricole, l'union douaniere, le systeme monétaire európéen. Des succes, faut-il évoquer Airbus, Ariane, Eurêka, les grands équipements scientifiques de toutes sortes, et, dans un autre domaine, la Convention de Lomé. Des ambitions: le marché unique, la monnaie européenne, la coopération culturelle et universitaire, l'harmonsation des politiques extérieures et des moyens de la sécurité et finalement, au bout du chemin, une volonté politique commune.

Au moment ou les deux plus grandes puissances du monde renforcent leur dialogue, (c'est mon deuxieme point), on attend de l'Europe qu'elle émette des signaux positifs. Je le dis clairement et je le répete, je souhaite que les efforts de Messieurs Reagan et Gorbachev soient couronnés de succes. J'appelle de mes voeux un désarmement véritable, c'est-a-dire global, équilibré, simultané contrôlable, qui garantisse a chacun une meilleure sécurité et renforce le climat de confiance. Tel est l'intérêt général.

J'entends bien des discussions a ce sujet. Mais il faut dire que le choix est la: ou bien l'on désarme, ou bien l'on surarme lorsqu'on est engagé, ce qui est le cas de la France, non pas le vôtre, dans des alliances militaires.

Et j'entends aussi beaucoup de réserves émises par nombre de nos amis européens. Je finirai par croire a les entendre qu'il faut autant de courage aujourd'hui pour approuver l'élimination des armes nucléaires intermédiaries qu'il en fallait il y a cinq ans pour soutenir l'installation des missiles de l'OTAN. Mais j'insiste sur ce point (et je pense qu'il vous intéresse, vous êtes quand même les observateurs de l'Europe et la sécurité du monde c'ést votre sécurité): c'est la même logique qui préside a ces choix.

Cela ne signifie pas qu'il faille baisser la garde des armes; il ne faut pas transiger, ai-je dit, sur les principes. On ne désarme pas en position de faiblesse. Raison de plus pour que l'Europe fasse entendre une voix ferme. Si elle ne peut renoncer a sa sécurité, ce qui va de soi, puisque son indépendance est a ce prix, qu'elle le fasse sans agressivité inutile, qu'elle saisisse toutes les occasions sérieuses d'en finir avec les tensions.

Dans le grand débat qui a commencé, les intérêts des superpuissances [1916] ne coïncident pas systématiquiment avec ceux d'une Europe elle-même divisée. A nous dirigeants et peuples des démocraties européennes de faire en sorte que les intérêts propres de l'Europe soient exprimés dans des négociations en cours our a venir sur le désarmement. Et en disant cela, croyez bien, Mesdames et Messieurs, que je ne veux pas et que je ne pense pas choquer les principes de neutralité qui vous inspirent, car vous avez toujours parfaitement su concilier avec ce principe-la votre attachement a l'indépendance.

Mais je crois aussi qu'il est bon, étant votre hôte, de vous exposer les raisons qui sont les nôtres pour que vous puissiez mieux les pénétrer dans vos propres analyses.

D'autant plus qu'éliminer les moyens de l'affrontement, les armes, c'est louable, mais supprimer les motifs de l'affrontement ce serait mieux. Car ou se déroulent — c'est un autre point — depuis quarante ans, depuis la fin du deuxieme conflit mondial, ou se déroulent les guerres les plus meurtrieres? Dans ce que l'on nomme, par commodité et pudeur, les pays en voie de développement, le Sud de la planete. Et qu'est-ce qui provoque ces conflits? La misere d'abord ou l'oppression. La misere et ce qui l'accompagne, malnutrition, analphabétisme, épidémies. La faim tue plus sûrement et plus massivement a notre époque que la guerre. Le fracas de deux bombes atomiques a dissuadé a tout jamais, je l'espere, l'homme d'en faire de nouveaux usages, mais combien d'Hiroshima de la faim faudrat-il pour réveiller la conscience assoupie des pays riches?

Tel est le véritable enjeu pour le siecle qui vient. J'ai toujours considéré que l'aggravation du fossé entre les pays riches et les pays plus pauvres représentait une menace plus sérieuse, plus certaine pour l'humanité toute entiere que les armements nucléaires, ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne voivent pas être jugulés.

Nous ne pourrons pas longtemps feindre de croire que le probleme se réglera tout seul, de lui-même, que le libre jeu des marchés internationaux résoudra par exemple la question de l'endettement ou des cours des matieres premieres ou des taux d'intérêts...Ce n'est pas ce que nous enseigne l'expérience et c'est pourquoi la France continuera de' préconiser dans les enceintes internationales une approche politique de ces questions, l'établissement d'une vraie concertation internationale entre pays débiteurs et pays créanciers, le renforcement de l'aide bilatérale et multilatérale aux pays les plus proches.

La France est, parmi les sept plus grands pays industrialisés, celui [1917] qui, de loin, fait l'effort principal d'aide aux pays du Tiers Monde. Ce n'est pas tellement considérable pourtant: 0,55% du produit intérieur brut, l'objectif fixé par les institutions nationales, internationales étant de 0,7% tandis que les Etats-Unis d'Amérique ou le Japon n'apportent que 0,25%. Je ne dis pas cela pour les accabler, ils rendent au monde d'autres services mais, je le répete, il faut prendre conscience que la est le mal qu'il faut absolument guérir si l'on veut qu'un certain ordre, en tout cas celui de la paix, rene sur le monde.

Sur ce theme, je sais, Mesdames et Messieurs, que l'Irlande montre une vive sensibilité, qu'elle ne ménage pas ses efforts afin de donner un contenu concret a la solidarité internationale. Et je suis de ceux qui ont voulu que ce raisonnement, appliqué a la planete toute entiere fût au moins une regle majeure dans la vie intérieure de l'Europe. Ces discussions sur ce que l'on appelle d'un terme technocratique “les fonds structurels”, ce qui veut dire, tout simplement, venir équiper et développer les régions les plus pauvres, cela pourrait être exprimé dans un vocabulaire plus simple et plus compréhensible. Mais vous avez été témoins, Mesdames et Messieurs, de la discussion tres vive qui s'est déroulée récemment a Bruxelles et qui se répete, chaque fois, a la demande du Président de la Commission, reprise par le Président actuel de la Communauté, le Chancelier Kohl, de doubler ces fonds structurels en cinq ans. Il a été répondu oui, avec un peu de retard, 0,82% dans un premier temps, et le doublement, les 100%, ce sera pour l'année suivante, en 1993. Tres bien! Cela c'est la diplomatie. Mais, ce qu'il faut, c'est s'en tenir la car si le chiffre est important, plus importante est la disposition de l'esprit, la volonté politique, la compréhension du probleme: l'Europe n'existera que si nous parvenons, en l'espace de quelques décennies, entre les pays, entre les régions d'Europe, comme entre les groupes sociaux a I intérieur de chacun de nos pays, a avancer vers la justice et vers l'égalité pour que chacun dispose de ses chances.

Enfin, Mesdames et Messieurs, ce sont des sujets sur lesquels je risquerais de vous garder trop longtemps car j'y mets toujours quelque passion. Alors j'abrege et comment ne pas vous dire, avant de conclure, le plaisir que j'ai eu a parcourir, pendant deux jours, votre pays? Il est beau et il est riche d'enseignement. C'est important de découvrir l'empreinte des civilisations qui s'y sont succédées depuis les temps néolithiques, cette terre vraiment chargée d'histoire et de culture mais aussi riche de jeunesse, j'ai pu le constater, et [1918] j'ai cru pressentir, d'une certaine facon, dans mes déplacements, que cette jeunesse était tres désireuse de s'affirmer et donc de travailler, aussi de réussir. C'est la que se trouve la vitalité d'un pays, faut-il répéter cette évidence? Il m'arrive souvent pourtant de le dire a mon propre pays.

Bien souvent, au cours de l'histoire, les routes de l'Irlande et de la France se sont croisées. Ce n'est pas un hasard si, comme nous le disions tout a l'heure, la plupart des grands Irlandais, combattants de la liberté, hommes d'action, femmes d'action, penseurs, écrivains et créateurs sont, un jour ou l'autre, et c'est notre joie et notre honneur, a nous Francais, venus vivre en France, parfois même pour s'y établir, bien que, en Irlande, quand on le peut, on y revienne. Nous souhaitons que ce passé commun vivifie nos relations présentes. Nous serons aux manifestations du Millénaire de Dublin. Nous publierons prochainement la traduction des mémoires de Théobald Wolfe Tone, la plus haute incarnation du patriotisme et du républicanisme irlandais et le symbole de l'amitié entre nos deux pays. J'en appelle aussi aux chercheurs, aux historiens, aux écrivains irlandais pour qu'ils opportent leur contribution au bicentenaire de notre révolution que nous célébrerons l'an prochain. Ce sera vite arrivé, il faut donc s'y préparer.

Comment vous dire maintenant, Mesdames et Messieurs, les sentiments que j'éprouve? Des lors qu'il s'agit de ceux qui viennent du fond du coeur mieux vaut les taire, on les exprime toujours mal. Je me contenterai donc de vous remercier, d'abord de votre hospitalité, ensuite de votre attention dans une enceinte parlementaire, ce n'est pas négligeable et je vous souhaite un long avenir de paix, de prospérité, de bonheur, a l'Irlande, au peuple irlandais, Mesdames et Messieurs, vive l'amitié entre l'Irlande et la France! Merci.

A standing ovation was accorded the President on the conclusion of his address.

Cathaoirleach an tSeanaid: Mr. President, it is my privilege as Cathaoirleach of Seanad Éireann to convey to you the profound thanks of my distinguished colleagues, the Members of both Houses of the Oireachtas, for your most gracious and special message. We are all immensely heartened and deeply grateful for the expression of friendship between our two nations conveyed in your address.

On another day many years ago, another President, whom I was [1919] privileged to know and loved very much, said to me: “Tras, even on a big occassion, never change your style”. Therefore, Mr. President, I must speak to you direct from the heart, or not at all.

The idealism of the French Revolution has inspired and is the cornerstone of many democracies in the world, not least in Ireland. Irish nationalism owes much to the ideals of French Republicanism and is enshrined in our Tricolour Flag today.

Our culture, both political and social, has long been enriched by contact with your great nation. Your country, Sir, has long been a beacon of hope to the Irish people in the past: in the days of “Dark Rosaleen”, in the days of Tone and Emmet, whose idealism was kindled by the noble words of the French Revolution — Liberty, Equality and Fraternity — and even in this century has provided a warm welcome and a home for some of our great artists, such as James Joyce and Beckett. It is therefore, an honour for us to extend to you the hospitality of our small, but great nation.

Your address to us here today is a reminder of your nation's influence on our political thinking from the time of the French Revolution onwards. Indeed, you yourself reminded us yet again of that idealism when you spoke at the Conference on Parliamentary Democracy in Strasbourg last year. On that occasion you reminded us that, and I quote: “Liberty, but also equality and even more, fraternity, are daily conquests.” Let us leave this Chamber today reminded yet again that the struggle to defend and extend democracy is an ongoing one. For this reminder, Mr. President, we are especially grateful.

I hope, Mr. President, you feel yourself in familiar surroundings among us here today. This may be due to the fact that the architect, Richard Cassells, who designed this building and other notable buildings in 18th Century Dublin, was married to a Frenchwoman. History does not tell us whether she had any influence over her husband, so whatever good design features you may have noticed you can put down to your own country's influence and any bad features you can attribute elsewhere.

The following short verse is for you, Mr. President, by Saint-John Perse:

O You, man of France, will you not see to it that I hear, under the human season, among the cries of the martins and all the Ursuline bells, rising through the gold chaff and the powder of your Kings a laughter of washerwomen in the cobbled alleyways?

[1920] As you leave, Mr. President, you carry with you the warm affection of the Members of the two Houses of the Oireachtas and of Irish people everywhere.

And now, bon voyage agus go dté tú slán.

The President, amid applause, then withdrew from the Chamber, accompanied by the Taoiseach, Deputy Dukes, Deputy Spring, Deputy Keating and Deputy Mac Giolla.

The Joint Sitting concluded at 3.40 p.m.